Les femmes en marche
En 1995, la Marche des femmes «Du pain et des roses» rassemblait devant le Parlement du Québec (Canada), 15 000 femmes réclamant des mesures pour lutter contre la pauvreté et pour mieux vivre. Il y a cinq ans, aussi, à Beijing, se tenait la Quatrième Conférence Mondiale sur les femmes dont le programme d'action a été évalué en juin 2000 lors d'une session extraordinaire de l'ONU.
En cinq ans, la situation des femmes s'est aggravée. Elles constituent la majorité des 1,5 milliard de personnes vivant avec 1 dollar US par jour ou moins. Premières victimes des programmes d'ajustement structure du Fonds Monétaire International et de la Banque Mondiale, elles sont aussi les premières à vivre l'analphabétisme, le manque d'accès aux soins, à la santé, à l'eau, à la terre, au logement. Elles sont aussi les premières victimes des guerres, des violences, des viols, du trafic sexuel.
La conférence de l'ONU «Beijing+5» n'a pas mené à des avancées dans la situation des femmes. Tout au contraire. Le Vatican, quoique n'ayant qu'un statut d'observateur, et les pays intégristes, ont essayé de niveler encore vers le bas les termes de la résolution, notamment sur le thème de l'avortement et de l'orientation sexuelle. Les cinq années écoulées n'ont pas apporté d'amélioration, les femmes marchant en l'an 2000 ont d'autant plus de raisons de se mobiliser pour leurs droits.
155 pays, plus de 4000 groupes ont rejoint les objectifs de la marche.
Les thèmes sont la lutte contre la pauvreté et la violence sous tous ses aspects. Il s'agit d'une initiative qui est vraiment mondiale, impliquant tous les continents à part égale dans la mobilisation.
Le but de la marche est de montrer que les femmes peuvent être protagonistes dans la lutte pour leur propres droits au niveau international, qu'elles représentent une force politique et sociale avec laquelle il faudra compter dorénavant. La mobilisation culminera avec une manifestation internationale devant le bātiment de l'ONU à New York. Seront interpellées au cours de cette mobilisation les institutions internationales comme le FMI et la Banque Mondiale, qui sont pour une grande partie responsables de la politique d'ajustements structurels, dont sont en premier lieu victimes les femmes. On peut d'ailleurs se poser la question, à la lumière des maigres résultats de la conférence de l'ONU, si cette institution a un pouvoir quelconque pour pouvoir changer les choses.
La mobilisation a ses propres revendications dans chaque pays autour des différentes sensibilités des organisations qui intègrent la coordination pour la marche mondiale. Il n'y a aucune organisation qui 'tire les ficelles', même si des organisations qui sont organisées internationalement soutiennent l'initiative.
Le but est aussi d'organiser, au delà de la manifestation du 17 octobre, un vaste réseau international. Un moyen très efficace de la mobilisation a été l'Internet. Une belle démonstration d'une utilisation alternative des nouvelles technologies !
Au Luxembourg, 16 organisations ont adopté une plate-forme commune et ont organisé et organiseront diverses activités. Entre autres une manifestation et un concert en automne avant la manifestion du 14 octobre à Bruxelles et du 17 octobre à New-York. Le dossier dans ce numéro de «paroles» traitera de différents thèmes repris dans la plate-forme et contribuera, nous l'espérons, à la discussion et à la mobilisation au Luxembourg.
Thérèse GORZA
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